Café philo du 27 mai 2016: "La lecture" par Nicole Adamczewski

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06062016

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Café philo du 27 mai 2016: "La lecture" par Nicole Adamczewski




Café philo sur la lecture
Nicole Michel Adamczewski
Le texte suivant est une base pour lancer le débat, et intervenir selon les questions des participants. Il n’a pas d’autre justification et, il est une aide à la problématique. Beaucoup ont trouvé que la question posée semblait extraite de sujet du bac. Pas faux !
Les participants ont évoqué : le coté hypnotique de la lecture. Le coté loisir de la lecture qui est une évasion n’est pas une fuite. Le trop grand choix proposé aux enfants .la lecture qui est accordée aux femmes mais pas l’écriture car elle pourrait faire ou signer des actes juridiques. Les parents qui désapprouvaient la lecture comme inutile alors qu’aujourd’hui on déplore le manque de gout pour la lecture, la lecture dans les pays musulmans, le petit livre rouge de Mao, la lecture comme acte de résistance contre les idéologies, les dictatures, la création de l’école publique postérieure à l’alphabétisation des gens. Il ne fallait pas que les gens apprennent à lire sans le contrôle de l’état et que cela se fasse dans les cellules militantes ouvrières ou les curés ou les familles. Un des participants a expliqué le point de vue de Ricœur et le rôle de la lecture dans la construction de l’identité narrative de chacun. Pour finir un participant a évoqué la possibilité d’un sujet sur l’écriture, basé aussi sur le Phèdre de Platon et le mythe de theuth.

Au commencement de la philosophie un acte : la lecture (et l’écriture)

1 Les grecs :
On quitte la tradition orale ou pas ?
Le grec invente la voyelle et quitte la lecture en sillon comme le laboureur. De gauche à droite et de droite à gauche.
« Une fois écrit, tout logos roule dans toutes les directions aussi bien vers ceux qui s’y connaissent que vers ceux dont ce n’est pas l’affaire, et il ne sait pas à qui il doit parler ou non. » Socrate dans Phèdre de Platon
kulindein c est rouler legein c’est parler
C’est donc une lecture orale et celle-ci est dissonante
Il y a deux types de lecture une de conservation, pour fixer les textes et les rappeler par la mémoire avec un sphregis , le seaux de l’auteur et une lecture pour la diffusion.
La lecture n’est pas un acte solitaire. Même si on parle de lecture pour soi même dans les grenouilles d’Aristophane. Dionysos lit dans son bateau des livres sur le voyage.
Il y a dix verbes en grec ancien pour dire « lire »
Distribuer de l’écrit, reconnaitre, déchiffrer rapidement, avec peine, correctement, syllabes après syllabes, traverser, parcourir, ceux qui lisent superficiellement et ceux qui lisent attentivement. Avoir une entrevue avec…
Dans les bibliothèques comme celle d’Alexandrie, les livres étaient plus accumulés que lus.
Sur les traces d’Aristote Denys de thrace publie une théorie de la lecture avec toute sortes de préceptes sur l’expressivité de la lecture toute agnanosis est une hypoKrisis .
La lecture est laborieuse entre incompétence et présentation matérielle de l’écrit.
Et il y a une façon de lire qui est « ajouter un dire à » .
On peut reconnaitre les lettres sans reconnaitre le texte, exemple :
Voir « DOUKIPUDONKTAN » de Zazie dans le métro de Queneau
Lire c’est une aliénation, c’est céder sa voix si importante à un autre qui a écrit. La voix n’appartient pas au lecteur quand il lit être lu. C’est exercer un pouvoir sur le lecteur même après la mort de l’écrivain, le lecteur est donc un esclave, quelqu’ un qui ne compte qui n’est pas libre qui n’est pas un citoyen
L’absence de contrainte est le fait du citoyen d’où le fait que lire est un problème. l athénien qui se prostitue n’a plus le droit à la parole
Foucault a analysé la lecture et les relations pédérastiques en Grèce. Il les compare.
Lire c’est se trouver dans une relation de partenaire où on joue le rôle du passif du méprisé.
Platon dans le Théétète, c’est l’esclave d’Euclide qui lit le logos que son maitre a mis par écrit.
La lecture n’est pas interdite à Sparte mais elle doit se limiter au strict nécessaire pour ne pas devenir un vice.
Celui qui lit doit éviter de se sentir dans son rôle de lecteur pour ne pas se sentir contraint.
Socrate : mieux vaut rester « grammata phaulos » , faible en lecture. Jamais on n’aurait lu en silence dans une culture où le silence c’est l’oubli. Et où les voix intérieures, la conscience, sont un démon. Le démon de Socrate que personne ne comprend et qui le condamne, Socrate dit qu’il peut lire dans sa tête. (Apologie de Socrate).
Socrate reproche à l’écrit de dire toujours la même chose comme la peinture. Phèdre.
Aristote va critiquer Empédocle, présocratique qui pense que la lecture est un problème car il s’agit de la vue.
C’est l’écrit qui émet quelque chose en direction de l’œil, ce sont des émanations, des apories des objets vus. Aristote dit : « Empédocle au début, croit voir quand la lumière sort de l’œil »
La lecture est une irradiation.
En grec, les lettres d’alphabet sont des éléments d’une physique. Ils sont comme matériels. Ce n’est pas intellectuel.

2
A Rome, les livres arrivent au 2 et 1 siècles comme prises de guerre. Il y a beaucoup de bibliothèques mais aussi de la censure (Ovide, dont la troisième version de « l’art d’aimer » était destinée aux lectrices)
On passe alors au codex, livre avec des pages. Plus pratique que le volumen .
Dans l’antiquité on lit dehors dans les jardins, sous des portiques
3
« Le moyen âge » va ramener les lecteurs, dans les églises, les réfectoires, les cloitres, les écoles religieuses et la cour du prince.
Les gens cultivés deviennent rares, et la lecture difficile oralement, car les mots ne sont pas séparés. On commence à inventer une ponctuation. Des signes pour guider la lecture. Invention des colonnes, des paragraphes, des têtes de chapitres, des index, des sommaires, des catalogues, les rayonnages. Il y a des lieux pour les livres où se retrouvent lecteurs solitaires ou rassemblés.
(9 e siècle en France (Lorraine Alsace))
Chez les princes le livre est divertissement avec couleurs, ornements Les livres, les livres parlent d’armes et d’amour.
Le moyen âge donne le gout de l’intimité, par l’Edition de poèmes.
A l’université de la Sorbonne, au collège d’Harcourt, on demande aux étudiants de venir en cours avec un exemplaire du livre étudié .1259. La bibliothèque de Notre Dame de Paris reçoit des dons pour financer les livres des plus pauvres et à la Sorbonne on emprunte contre une caution.
La lecture silencieuse est stimulante pour le lecteur, il contrôle. Dans la salle on peut lire des hérésies ou en écrire ….
Saint louis est le premier à savoir lire et lisait à haute voix ; Joinville dictera la vie de Saint Louis. Donc dans une langue vulgaire.
Au 14 eme siècle on standardise peu à peu l’orthographe et on crée l’écriture cursive et bâtarde.
Les écrivains pensent au lecteur et plus à l’auditeur.
En Grèce des livres pornographiques étaient lus en public, l’invention de la lecture silencieuse permet le retour de cette littérature
4 l’invention de l’imprimerie et le protestantisme, les idées reçues : les protestants sont pour la lecture de la bible.
Calvin est contre la traduction de la Bible il dit :
« Faire parler à l’éloquence hébraïque et grecque le langage François c’est vouloir enseigner au doux rossignol le chant du corbeau enroué ». Pour Calvin :
« La bible est un pain à croute épaisse et Dieu veut que le pain nous soit taillé, que les morceaux nous soient mis en bouche, et qu’on nous les mâche »
Il y aura désormais un débat entre la bible de l’œil et la bible de l’oreille
Herri VIII interdit la bible en anglais aux femmes aux artisans aux apprentis, aux agriculteurs et aux manœuvres.1543
Luther dit « je pense qu’il vaudrait mieux augmentait le nombre de livres vivants, c’est à dire de prédicateurs, plutôt que d’imprimer.
Pour Luther ou Calvin le lecteur est un brigand, il braconne dans le texte. Il découvre à sa guise. Il n’accepte pas forcement les valeurs et idées.
Or l’écrit est garant de la vérité.
Au 16 eme : 4 % des allemands savent lire et 10% en ville, 10% en Angleterre.
A Venise en 1587 :26% des garçons et 1% des filles
Il y a l époque des livres pour besaces et des livres pour lutrins, et des livrets pour les mains

5 Au bonheur de l’inquisition. De 1560 à 1610
C’est comme cela qu’on sait le rapport des lecteurs du peuple au livre et comment ils le vivaient. Et lisaient beaucoup et de tout.
Les éditeurs libraires étaient partis à la conquête des lecteurs dans le peuple par le colportage de petits fascicules. Des romances en Espagne. Romances qu’on pouvait aussi chanter Il y avait beaucoup de vendeurs ambulants. Aveugles.
C’est surtout à ce moment de l’histoire que pour citer Ricœur le monde de l’écrivain va à la rencontre du monde du lecteur.
6 La lecture devient une appropriation d’un monde
Don quichotte Cervantès « qui traite de ce que verra celui qui lira et qu’on entendra celui qui l’écoutera lire ».
La lecture silencieuse devient un enchantement merveilleux
La lecture brouille, chez les lecteurs, la frontière entre le réel et l’imaginaire en 1531, on interdit l’exportation vers les indes des livres
En 1555, on interdit dans toute l’Espagne les livres inventés, les farces, les chansons et autres vanités
Entre 1570 et 1630, on crée en France les occasionnels, des histoires souvent issues des faits divers et des tribunaux avec un vocabulaire racoleur : prodigieux, merveilleux, effroyable, cruel, barbare, inhumain, pitoyable, lamentables mais vrais et véritables
Des voyageurs allemands écrivent au XVIII siècle : à Paris, tout le monde lit, tous les gens et surtout les femmes ont des livres dans leur poche, dans les lits, au bain, au café, à l’entracte, le dimanche devant leur porte…
L’identité individuelle, remplace désormais le statut de naissance. On aspire à la subjectivité et, au débordement de la subjectivité, la bourgeoisie cherche à augmenter le camp de ses expériences par la lecture
Les plaintes, contre cette passion pour la lecture, se multiplient, Une compétence rudimentaire pour lire les almanachs, les instructions pour faire une saignée, et lire les dictons, suffit.

La bibliothèque bleue a un succès incroyable en France ainsi de les chapbooks en Angleterre
Au moment de la révolution française 1,3 millions de suédois savent lire
7 lecture et révolution. La peur de la contamination
En 1761, Rousseau choque il veut par la lecture pénétrer au cœur de la vie, la sienne, celle du lecteur. La nouvelle Héloïse, 70 éditions en 30 ans.
En 1774, lors la foire au livre de Leipiz , Goethe sort les souffrances du jeunes Werther de Goethe .Une épidémie de suicides spectaculaires . On essaie de détourner les gens de la lecture en disant qu’elle crée les mêmes maladies que la masturbation. Ou la coagulation des humeurs
La lecture c est pubertaire.
Fichte la condamne en disant c’est une « fureur narcotique »
Les progressistes des lumières disaient qu’elle était socialement néfaste, à l’origine des vices, contre l’éthique du travail.
« La lecture engendre des engorgements, des ballonnement l hypocondries des parties sexuelles, des états de surexcitations, des ramollissements du corps. »
Santé des érudits Tissot en 1768

La lecture de roman, dit Kant a pour conséquence entre autres dérèglements de l’esprit de rendre la distraction habituelle. Kant déplore qu’au lieu d’être un apprentissage de l’autonomie, la lecture serve à passer le temps et à se maintenir en éternelle dépendance.

Les bibliothèques furent considérées comme des bordels, des lieux de perditions morales …à la suite de la révolution française, en Autriche par exemple, elles furent toute fermées par décret de 1779 à 1810 ainsi qu’en Prusse et en Bavière.
Il fallait fermer ces « usines des lumières » .la lecture devint un péché originel ; on avait gouté aux fruits de l’arbre de la connaissance
On ferma aussi les clubs de lecture, les sociétés de lecture (étude d’Habermas) le danger c’était de voir entrer dans les familles les maladies de la cornée…. Et les maladies mentales
Mais en deux décennies il ne resta plus rien…la lutte était perdue
8 Notre époque, beaucoup d’inquiétude, augmentation record des analphabètes, retour des autodafés, peur du numérique, suspicion idéologique
Michel Foucault a aussi étudié la classification Dewey des livres, qui montre toujours la main mise par la société sur le savoir et notre conditionnement. Dans Archéologie du savoir.
Dewey c’est : 1 philosophie 2 religion 3 science sociale 4 sciences du langage 5 sciences exactes 6 technique 7art sport8 litterature9 géographie 1876 Dewey
A Détroit : Nouvelle classification très récente pour les bibliothèques :
1 classique art
2Monde d’aujourd’hui
3Peuples et pays
4Humour sport
5Hobbies
6Vie personnelle (religion, psychologie)
7Famille maison
8Travail technique
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