Les 4 âges de l'union de l'âme et du corps : Aristote et ... les autres.

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07102016

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Les 4 âges de l'union de l'âme et du corps : Aristote et ... les autres.




Les 4 âges de l’union de l’âme et du corps

Philo-mag n°31, juillet août 2009

Les anciens Grecs, Platon, Le dualisme cartésien, Le XX°siécle

Pour ces anciens grecs, sauf Platon,

 il faut chercher l’âme,  qui a une nature physique, dans le corps : Il n’y a pas d’âme séparée du corps, de nature spirituelle, destinée à survivre dans un au-delà. Par contre, ils ne sont pas d’accord sur la nature de l’âme : souffle ? Éléments premiers, mélangés ou non ? Parcelle de feu originel ? Atomes ? Principe immanent au corps qui lui donne forme ?

Cette assimilation de l’âme à la nature physique, permet aux Grecs de penser son action, la façon dont elle anime le corps.

Homère et présocratiques.

L’âme, associée au souffle de la vie et aux grands éléments de la physis, est conçue comme le principe cosmique qui anime et meut les corps.

Homère et le souffle des héros.

L’âme se confond avec le souffle de la respiration ?Froid au dehors, celui-ci est réchauffé lors de son inhalation, par le sang concentré dans la région du cœur. L’air se transforme alors en une sorte de vapeur (thumos : cœur, passion, ) gonflant la poitrine et représentant l’énergie. Exhalée au moment de la mort, cette vapeur se refroidit définitivement mais subsiste comme silhouette d’un nuage : c’est la psyché (à rapprocher de psychos : le froid) ; il n’y a pas de vie après la mort sauf survie fantomatique comme des ombres dans les rêves. L’immortalité se réduit à la gloire acquise par des exploits. La part de matière vitale (moelle épinière ou sperme ) de chaque être vivant, aia, procède de Aiön, Dieu du temps, de l’éternité opposé à Chronos, Dieu du temps de la succession.

Empédocle et le sang bien tempéré.

Les êtres vivants, sentent et pensent grâce au mélange des 4 éléments (terre, eau, air, feu ?)présents dans leur sang. la tâche de l’homme est d’équilibrer la composition de son sang par des exercices purification (alimentation  ou maîtrise des comportements sexuels) et c’est ce que réussit le philosophe par rapport au commun des mortels  qui a une âme instable.

Démocrite, l’âme comme ensemble d’atomes sphériques.

L’âme est assimilée à un essaim d’atomes sphériques, qui présentent toutes les caractéristiques du feu, circulant dans l’organisme sans pouvoir être accrochés par les autre atomes qui forment l’agrégat vivant. Ce sont eux qui font coulisser les muscles, tourner les articulations et rouler les yeux dans les orbites. Cette âme, qui donne la faculté de se mouvoir au corps, se disperse lors de sa décomposition létale.

Aristote, l’âme comme forme du corps.

L’âme est de nature immatérielle sans être pour autant séparable du corps. Elle se confond avec le principe téléologique de la forme (principe d’organisation et d’unité de chaque être), qui commande le principe de la transformation de la matière inerte en organisme animé. Aristote reprend à son compte la distinction platonicienne des 3 parties de l’âme : l’âme nutritive, déjà présente dans les végétaux, l’âme sensitive, observable  chez les animaux, et l’âme cognitive réservée à l’homme, appelée noûs ou esprit, qui est réflexive (c’est-à-dire consciente d’elle-même) : cette réflexivité fait que la partie pensante de l’âme s’apparente au principe divin qui, en tant que pensée de la pensée, est à l’origine du mouvement circulaire du ciel. C’est par la pensée que les êtres mortels rejoignent l’être immortel, dont ils partagent ainsi la vie éternelle en dehors de toute aspiration à la survie individuelle.

Epicure et le pouvoir de l’amitié.

L’âme ne se distingue pas  de l’agrégat d’atomes qui forme le corps car elle se dissout avec lui. Donc la vie ignore la mort et réciproquement. Mais il existe en nous une force qui vise à la permanence car les hommes sont portés les uns vers les autres  par l’élan de l’amitié et projettent des répliques d’eux-mêmes, semblables à des pellicules atomiques (eidola) : c’est dans l’absence de trouble (ataraxie) procurée par la solitude amicale, que se réalise ici-bas le bonheur dessiné en filigrane au-delà des cieux.

Les Stoïciens et le feu de l’Etre.

L’âme est un souffle brûlant (pneuma) qui traverse toute chose et se confond avec la pensée. Le feu, substance primordiale assimilée à l’Etre, en s’aliénant dans le monde y maintient sa présence  jusqu’à se ressaisir en fin de cycle dans l’embrasement général. Etre stoïque, c’est défendre l’esprit contre l’illusion d’un changement irréversible puisque tout est appelé à retourner à l’origine.

 

Platon.

Il ne nous dit jamais ce qu’est une âme humaine mais raconte souvent comment il l’imagine, quels voyages ont été les siens avant la naissance ou après la mort ….

Mais l’âme doit travailler à prendre ses distances  avec le corps : le but n’est pas de rejeter la chair, mais de mieux maîtriser ses désirs.

Les images données par Platon (Socrate), s’accordent toute sur un point : l’âme n’est pas une chose, ni une substance, ni une essence. C’est pourquoi  problème n’est pas celui de son union à un corps, avec lequel elle n’a rien de commun, comme cela sera le cas chez Descartes, mais celui de sa séparation qui est une tâche, non une vérité métaphysique.

L’âme est un mouvement, qui doit trouver à s’orienter parce qu’il est tiraillé par des forces contraires. La puissance d’orienter n’appartient qu’au désir, et chaque âme se caractérise par la sorte de désir qui la domine.

Se séparer du corps n’est pas le mépriser mais le gouverner de telle sorte qu’il soit le plus sain, le plus beau et le plus robuste possible.

Le dualisme cartésien.

C’est une théorie qui fait se dissiper celle de l’animisme ancien stipulant que le monde et les corps sont « animés », habités par des forces donnant vie et mouvement.

Le dualisme dissocie la sphère d’un sujet conscient de lui-même de celle de la matière, régie par des lois mécaniques : ce sont deux substances (c’est-à-dire ce qui existe par soi et reste permanent malgré des accidents dans le temps) de nature différente, l’une immatérielle et intérieure, l’autre étendue et divisible dans l’espace.

Le corps est un automate, un  « corps-machine », comparable à une horloge capable de se remonter toute seule. Il n’a pas besoin d’une âme pour se mouvoir car il obéit à des lois mécaniques.

L’äme est le lieu de la liberté et de l’imprévisibilité, la pensée invente à tout moment. Il y a une autoperception de l’âme car elle est consciente d’elle-même et elle est une chose qui pense, c’est-à-dire qu’elle est capable de vouloir, de désirer, d’imaginer, de sentir.

Problème : si ces deux substances sont incommensurables, comment peuvent-elles coexister en l’homme ?

- Descartes :C’est Dieu qui décide d’unir librement l’âme et le corps en l’homme

-Spinoza : la pensée et l’étendue ne sont plus deux substances distinctes mais deux attributs d’une substance unique (Dieu ou la Nature). L’âme et le corps sont simplement des modes d’expression différenciés d’une substance unique.

Leibnitz : les deux substances sont  distinctes mais réglées harmonieusement de l’intérieur et n’agissant pas l’une sur l’autre mais se répondant mutuellement : c’est le système de l’harmonie préétablie. On ne retombe pas dans le monisme de Spinoza.

Pour Descartes, nous disposons d’un moyen pour éprouver le phénomène de l’union de l’âme et du corps : c’est notre expérience intime ! Etant donné que le corps n’éprouve rien (corps-machine), si je me blesse, si j’ai du plaisir, c’est bien la preuve de cette union. L’homme n’est donc pas l’addidtion ou la juxtaposition d’une âme et d’un corps, mais une réalité spécifique. Cette expérience intime (douleur, plaisir, etc.) prouve que « …. je ne suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire, mais ….. que je lui suis conjoint très étroitement, et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui. « seconde méditation métaphysique ». C’est la glande pinéale qui transmettrait  toutes les informations corporelles vers l’âme.

 

Le XX ° siècle.

Surtout aux USA , l’esprit se voit accusé de ne pas exister, de n’être qu’un fantôme.

Le « Body-mind problem » ou problème du corps-esprit, peut être présenté ainsi : quels sont les relations entre les processus mentaux et les processus corporels ? Comment se fait-il que je puisse décider mentalement d’ouvrir la fenêtre, et le faire physiquement ensuite ? C’est une question au centre de la philosophie de l’esprit contemporaine.

Réponse  des naturalistes.

Sous l’influence des sciences cognitives (physique, neurosciences, etc.) certains essayent de « naturaliser » l’esprit, c’est-à-dire de décrire son fonctionnement  en s’appuyant sur ces sciences dures.

-           le matérialisme éliminativiste ou réductionniste de Paul et Patricia Churchland : la pensée n’est rien d’autre qu’un processus ayant lieu dans le cerveau. Pour comprendre pourquoi vous dites « je t’aime », il faut passer une IRM !

-          Réaction contre ce tout-cerveau : il existe des propriétés de l’esprit, comme la conscience ou la rationalité, dont la compréhension ne peut être épuisée par la découverte des connexions entre le neurones. La science s’arrête là ou la conscience à la première personne commence. Tout en admettant que les états mentaux sont causés par les opérations du cerveau et donc que l’esprit est un phénomène biologique, John Searle, par exemple, insiste sur « l’irréductibilité de la conscience », qui possède  certaines propriétés comme l’intentionnalité, à savoir la capacité qu’a l’esprit de se tourner vers des objets ou de se fabriquer des contenus en lien avec son environnement . Par exemple, la peur correspond bien à un ébranlement neuronal (donc du cerveau), mais c’est également un état mental (donc de l’esprit) impliquant un rapport à soi-même et au monde.
Voir aussi mon travail, en collaboration avec Gérard, sur ce sujet : Canto-sperber, Damasio,

Bernard

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