Café Philo du vendredi 23 Octobre: La philosophie de Saint-Exupéry

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

03102015

Message 

Café Philo du vendredi 23 Octobre: La philosophie de Saint-Exupéry




Café Philo à 18h30 à la Bécassière.

Sujet: La philosophie de Saint-Exupéry



Présentateur: Jacques Hébert

Résumé de l'intervention par Jacques:


  "Le désert où se trouve Saint-Exupéry le renvoie à lui-même. Délivré de toutes les connaissances et représentations que les adultes avaient interposées entre l'enfant qu'il était et la réalité du monde, le pilote retrouve son esprit d'enfance et peut aller vraiment à la rencontre des autres et du monde. Le désert est la solitude qui nous menace si nous ne prenons pas conscience que toute expérience, si elle part de l'individu, n'a d'intérêt que si elle débouche sur du collectif."

          Voilà les idées sur lesquelles s'appuiera mon introduction. Je partirai d'un seul texte (un extrait de "Terre des Hommes") que nous écouterons d'abord, et à partir de celui-ci je rejoindrai l'ensemble de la philosophie de Saint-Exupéry à travers "Le Petit Prince", "Citadelle", Pilote de guerre", la "Lettre à un otage". Evidemment, les participants ne sont pas obligés d'avoir lu tous ces livres avant la séance !

Voici comment je résume l'introduction que j'ai faite vendredi 23 octobre pour LA PHILOSOPHIE DE SAINT-EXUPERY  :

       J'ai choisi de partir d'un seul texte de Saint-Exupéry (un extrait de "Terre des Hommes", la fin du chapitre "L'avion et la planète"; texte dit  par Pierre Fresnay) en montrant qu'on peut y trouver l'essentiel de sa philosophie. A partir de ce texte nous rejoignons des ouvrages tels que "Le Petit Prince", "Citadelle", "Pilote de guerre", "Lettre à un otage"... Le pilote est en panne dans le Sahara et, la nuit, lui viennent  quantité de "songes"...
       D'abord il se sent complètement perdu entre le sable et les étoiles. Il a besoin de retrouver son identité, "les pôles de sa vie"; ce sont ces songes qui les lui redonnent. Il retrouve son ENFANCE qui a déterminé toute sa vie et dont il aura toujours la nostalgie . Il revoit la grande maison de campagne et toutes ses "provisions de douceur". Il peut alors s'orienter à nouveau et exister. Il revit à tel point ses souvenirs qu'il redevient, par la magie de sa mémoire, l'enfant qu'il était.
       Ce retour à l'enfance est capital car il nous faut, à nous tous, RETROUVER NOTRE REGARD D'ENFANT. C'est le regard du Petit Prince. celui qui, tout de suite, sait voir le vrai des choses, mieux que "les grandes personnes". Le Petit Prince a tout de suite compris la leçon du Renard, rencontré plus tard dans le désert : "On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux". C'est L'ESSENTIEL  que le regard d'enfant, doué d'une certaine ingénuité, nous permet de découvrir.
        Mais qu'est-ce qui est essentiel ?  "Citadelle", vaste œuvre posthume inachevée  , met en scène un homme qui a la charge d'un empire, méditant au soir de sa vie sur son œuvre accomplie et sur l'enseignement de son père. L'un des récits est celui d'une femme condamnée pour quelque faute : elle est attachée nue dans le désert et doit être brûlée par le soleil jusqu'à ce que mort s'en suive. Quand elle eut dépassé la souffrance, elle découvrit l'essentiel, qui était sa maison avec toutes ses "provisions de douceur", celles que retrouve notre pilote perdu dans le désert quand ses songes lui donnent "le sentiment d'une présence, d'une amitié déjà très proche". Ainsi l'essentiel est de l'ordre de L'AFFECTIF. "Ce qui se sent, sans que ce soit par l'intermédiaire d'un sens, est, dans son essence, affectivité"(Michel Henry). Pour Le Petit Prince, "les grandes personnes" n'interrogent jamais sur l'essentiel. Ce qu'il importe de demander au sujet de chacun, c'est "QUEL HOMME EST-IL ?"("Pilote de guerre").
Nous sommes doués, chacun, d'"une unique essence affective" (Merleau-Ponty). Pour le philosophe canadien Thomas de Koninck, "chaque personne a une essence unique, une figure unique, incomparable - non pas intelligible - mais affective". Saint-Exupéry distingue l'Intelligence de l'Esprit. Dans "Pilote de guerre" on lit : "L'Esprit ne considère point les objets, il considère le sens qui les noue entre eux". Il faut rencontrer l'homme "au septième étage de son âme et de son cœur et de son esprit" ("Citadelle").
        Il faut donc saisir l'essence de chaque être. Dans notre texte initial de "Terre des Hommes", Saint-Exupéry veut "rendre justice" à la vieille gouvernante. Elle apparaît d'abord comme étant tout le contraire du pilote qui "plaint son humble destinée qui la fait aveugle et sourde" : elle ne sort jamais de la grande maison familiale, alors que lui, il revient "du bout du monde" ! Elle aurait sans doute pu avoir une existence plus épanouie. Certes, elle n'est pas comme ces tristes réfugiés Polonais (fin de "Terre des Hommes") qui semblent être passés dans un "moule terrible", avoir été " marqués comme par une machine à emboutir", alors qu'ils ne demandaient, comme tous, qu'"à naître, à s'éveiller" car "Vivre, c'est naître lentement"("Pilote de guerre). Chacun doit accéder à la vie spirituelle. Le souverain de "Citadelle" demande aux éducateurs de ne pas transformer les hommes "en fourmis pour la vie de la fourmilière".
        Quant à notre vieille gouvernante, elle n'a pas connu un développement de sa personne aussi contrarié que ces réfugiés (ou "les petits bureaucrates" que Saint-Exupéry vilipende dans le début de son livre); il y a même une certaine grandeur en elle : elle sert "je ne sais quoi de plus grand qu'elle, un Dieu ou un navire". Il s'agit ici de la théorie de L'ECHANGE, que J-Ph. Ravoux définit très bien : "L'échange est un enrichissement personnel dans l'accomplissement d'une œuvre qui, exigeant tout de l'homme, le don de lui-même, le contraint au dépassement de lui-même. C'est ce qui donne un sens à son existence". La vieille gouvernante fait le don de soi dans son travail solitaire, extrêmement soigné, accompli à longueur d'années. Elle travaille pour la communauté de la maison. Mais Saint-Exupéry place encore au-dessus le travail réalisé en collaboration car les hommes ne seront unis que par la création fervente, que par une œuvre réalisée ensemble. IL FAUT FONDER LA COMMUNAUTE DES HOMMES. Dans  "Terre des Hommes", on lit cette phrase : : "il n'est qu'un luxe, et c'est celui des relations humaines". Déjà, le sourire établit des relations entre nous : "Nous nous rejoignons dans le sourire au-dessus des langages, des castes, des partis" ("Lettre à un otage").
         Pour résumer les préoccupations constantes de Saint-Exupéry, on pourrait citer ce qu'il écrit lui-même dans "Pilote de guerre" :  "Que vienne la nuit, pour que se montre à moi quelque évidence qui mérite l'amour ! Pour que je pense civilisation, sort de l'homme, goût de l'amitié de mon pays. Pour que je souhaite servir quelque vérité supérieure, bien que, peut-être, inexprimable encore..."

Jacques Hébert


Notes retranscrites par Sylvie:



Voici mon résumé de notre réunion du café philo sur St EX, le texte en vert est l'ajout de Serge, que chacun complète ses interventions car je n'ai peut-être pas retranscrit tous les propos et propose des modifications sur le reste. 



Antoine Marie Jean-Baptiste Roger de Saint-Exupéry né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le 31 juillet 1944 en mer, au large de Marseille, est traditionnellement présenté comme écrivain,  poète, aviateur et reporter. Pour autant on peut véritablement parler de philosophie d’Antoine de St Exupéry. 
Jacques Hébert a présenté l’essentiel de cette philosophie à partir d’un extrait de la fin du chapitre intitulé « l’avion et la planète » tiré de « Terre des hommes » (1939). A partir de ce texte que nous avons écouté lu par Pierre Fresnay, Jacques a établi  des ponts entre les principales œuvres de St EX et notamment « Le petit Prince » (1943) «  Citadelle » (1948) « Pilotes de guerre » (1942) « Lettre à un otage » (1944)…
Le texte relate l’aventure d’un aviateur égaré dans le désert « nu entre le sable et les étoiles » condition très éloignée des « pôles de ma vie » et à risque. Pour autant  ce sont paradoxalement des songes qui s’imposent à lui lui venant comme « des eaux de source » ; ils lui permettent de récupérer des « repères pour me reconnaître moi-même » ; grâce à eux l’hostilité de son environnement se transforme en un monde de douceur, de sérénité, d’amicale présence.  Cet aviateur se découvre livré aux « enchantements de ma mémoire » et cela va lui permettre, malgré cet isolement du monde, de partir à la découverte de lui-même et de savoir qui il est. L’angoisse est due à la perte d’identité que seuls  les pôles de sa vie que lui apportent les songes, fera taire. Ces pôles, ces mille repères lui permettent de s’orienter à nouveau. Le thème des sources et des fontaines est très présent dans l’œuvre de St EX : « ils n’existent qu’autant que m’abreuvent les fontaines de mes racines ») elles appartiennent à son enfance, ce grand territoire dont chacun est sorti. St EX aura toute sa vie la nostalgie de cette enfance. Dans « Pilotes de guerre » « je dispose de mon enfance qui se perd dans la nuit comme une racine » .Ces souvenirs sont si forts qu’il les revit grâce aux enchantements de sa mémoire : « mes songes sont plus réels que ces dunes et cette lune ». Il revient dans son enfance, dans sa maison (thème également très récurrent) avec ses odeurs, ses voix, il n’est alors plus dans le désert. Dans « Courrier sud » ce n’est pas l’adulte qu’il voit en face de lui mais la petite fille qu’elle était « si bien abritée par cette maison » ; la maison est un ancrage très fort pour ST EX, et les rituels qui ordonnent le quotidien formeront les repères de l’adulte et lui donneront le sentiment que « Tout est en ordre ».
La vieille gouvernante fait partie de cet ordre, elle fait partie de ces repères pour l’enfant devenu homme perdu dans le désert. Elle n’a certes rien connu ni voyage, ni danger, ni contrées lointaines, « je plaignais son humble destinée qui la faisait aveugle et sourde.. » Hier reléguée à sa fonction de service :« à servir je ne sais quoi de plus grand qu’elle, un Dieu ou un navire »,« je lui rendis justice », par ce qu’elle fait partie intégrante du « merveilleux  d’une maison » qui « forme, dans le fond du cœur, ce massif obscur dont naissent, comme des eaux de source, les songes … »
Les enfants voient tout de suite le vrai, on ne voit bien qu’avec le cœur et l’essentiel est invisible à nos yeux. C’est principalement dans le « Petit Prince » que St EX développe ces thèmes, lorsque l’aviateur s’exécute à la demande du Petit Prince et dessine un mouton ce n’est que lorsque celui-ci est dessiné à l’intérieur d’une boîte qu’il est représenté exactement comme  le petit Prince le voulait.
Qu’est-ce que l’essentiel ?
Dans « Lettre à un otage » l’essentiel est un sourire « et la qualité d’un sourire peut faire que l’on meure » ; dans la femme condamnée de « Citadelle » « elle découvre l’essentiel….. » et cet essentiel est le même que celui que l’on trouve dans « Terre des hommes » c’est la maison « qui a déposé en nous des provisions de douceurs ». Cet homme égaré dans le désert découvre l’origine « de ce goût même d’éternité » : la maison. Comme l’aviateur égaré dans le désert  de Terre des hommes, la femme condamnée « offerte à l’univers entier qui ne montrait point de visage » … « ..suppliait qu’on lui rendit les digues qui seules permettent d’exister » (la laine à carder, cet écuelle à laver, le pas de l’époux, cet enfant à embrasser), « elle criait vers l’éternité de la maison ». Pour St EX l’essentiel est de l’ordre de l’affectif. Dans le Petit Prince les grandes personnes ne questionnent jamais sur l’essentiel seuls les chiffres les intéressent (quel âge as-tu, combien gagne ton père).
D’autres thèmes évoqués par St EX :
-La théorie de l’échange : l’homme n’est rien s’il ne se donne pas, pour devenir l’homme doit se donner mais il reçoit en échange et toujours plus qu’il ne se donne. L’échange est un enrichissement personnel. Dans « Pilote de guerre » : « Tu t‘échanges. Et tu n’éprouves pas le sentiment de perdre à l’échange »
L’image de l’arbre, dans « Pilote de guerre » : «Quelque chose passe à travers nous et nous gouverne, que je subis sans le saisir encore…Un arbre n’a point de langage. Nous sommes d’un arbre. Il est des vérités qui sont évidentes bien qu’informulables » (On retrouve le thème de l’essence des choses .NDA)
La collaboration : « Force-les à bâtir ensemble une tour et tu les changeras en frères» ; "Seuls sont frères les hommes qui collaborent"
-Le lien : « Il n’est qu’un luxe véritable c’est celui des relations humaines ». "Créez des liens" conseille le Renard dans le Petit Prince.
-La facilité : St EX est contre la facilité : « on se grandit en luttant contre ce qui résiste »
-Le courage
Fin de la présentation
Interventions :
Nicole : 
Sartre et Camus ont proposé un monde absurde : « l’enfer c’est les autres »
St Exupéry était engagé militairement et sa réponse était tout autre : c’est par l’homme que l’humanité peut être sauvée.
Il se distingue des philosophies de son époque.
Thème de la nostalgie d’une enfance perdue mais pas seulement, il faut retrouver son regard d’enfant et la manière de penser d’un enfant.
Les enfants sont marqués par l’éducation que les adultes leur imposent, ils n’ont donc pas eu l’opportunité de développer leur propre façon de penser.
Daniel :
St EX accorde beaucoup d’importance à l’enfance mais cette dernière est victime de son conditionnement qui porte atteinte à sa liberté réelle et à son libre arbitre (Spinoza, la servitude passionnelle). La société va mal car l’homme ne peut se remettre en cause. Il faut se dépasser par le développement personnel de chacun et l’homme doit participer à la construction d’une autre société.
Bernard : 
On a reproché à ST EX d’être allé aux EU et de ne pas avoir pris parti pour de Gaulle ou Pétain.
Jacques :
St EX est contre la division, il aurait voulu que les EU rentrent plus vite en guerre, il ne voulait pas adhérer à un parti.
Bernard : on lui en veut car bien qu’il parle de l’universel, de la liberté , du nazisme … son choix aurait pu être plus rapide.
Daniel :
Excès de pacifisme ? qui amène à être neutre vis-à-vis de la monstruosité.
Serge : que penser de cette affirmation (Citadelles, p. 23) : »J’interdis que l’on ’interroge, sachant qu’il n’est jamais de réponse qui désaltère. Celui qui interroge, ce qu’il cherche d’abord c’est l’abîme » ?
Jacques : pour Saint-Exupéry, le Cœur l’emporte clairement sur la Raison.
Nicole :
Poser une question philosophique c’est mettre en abîme ,mais puisque c’est un puits sans fond on en étudie les bords, les plissements et comme on a pas l’ambition d’aller jusqu’au fond, étudier et développer les surfaces suffiraient.
Serge : ambiguïté de Saint-Exupéry dans son rapport à la religion ?
Jacques : il reconnait Dieu et la culture chrétienne, il n’est pas athée.
Il a 2 livres de chevet :
« La république de Platon » – apologie de Socrate, le devenir de l’homme, le mythe de la caverne
« Les méditations » de Descartes
Joëlle : les frustrations de l’enfant heureux, sa recherche du dépassement de ses limites…

Bernard : « Ce qui embellit le désert c’est qu’il y a un puits quelque part »
« Mermoz » de Kessel
 


Sylvie
Date d'inscription: 22/09/2015
Messages: 1

   
avatar
Administrateur
Admin

Messages : 89

http://cafe-philo.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Partager cet article sur : Excite BookmarksDiggRedditDel.icio.usGoogleLiveSlashdotNetscapeTechnoratiStumbleUponNewsvineFurlYahooSmarking

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum